Histoire, Géographie et Ethnologie

Les Débuts de l'Histoire (700 avant JC – 700 après JC)

Karabagh ou Haut-Karabagh est le nom moderne de cette région du Sud-Caucase.[1] L'appellation Karabagh, qui a des origines turques et persanes et qui signifie littéralement "jardin noir", remonte à des sources géorgiennes et persanes des 13ème et 14ème siècles, et désigne une principauté arménienne que les historiens modernes dénomment Royaume d'Artsakh ou Khatchen.[2] Le terme Nagorny est employé dans l'appellation russe et signifie montagneux. Nagorno Karabakh c'est le "Karabagh Montagneux" et désigne la partie montagneuse de la région (à peu près le Haut-Karabagh de nos jours) qui inclue historiquement et géographiquement la plaine adjacente, parfois appelée Bas-Karabagh (circonscriptions d'Aghdam, Tharthar, Fizouli et Agiabedi de l'ex-Azerbaïdjan Soviétique). La région du Karabagh était habitée par un peuple dont l'histoire est connue sous le nom de civilisation Kouro-Araxe, c'est-à-dire les peuples localisés entre les rivières Araxe et Koura (voir la Carte 1).

Map 1

Le Karabagh est mentionné pour la première fois dans un texte écrit en caractères cunéiformes du roi ourartéen Sardour II d'Arménie (763-734 avant JC). Le document mentionne le pays d'Ourtekhini, que le géographe, historien et philosophe grec Strabon (63 ou 64 avant JC-24 après JC) appelait Orkhistène, Artsakh en arménien.[3] La date de la conquête de cette région par l'Arménie est inconnue, mais Strabon écrit dans son histoire que le pays était déjà sous domination arménienne en 189 avant JC. Les ruines de la ville de Tigranocerte dont le nom dérive de celui du roi Tigrane le Grand (Tigrane II), qui régna de 123 à 95 avant JC, ont été mis au jour en 2005 sous la direction du docteur en archéologie Hamlet Petrosyan, près de la ville d'Aghdam d'aujourd'hui.[4] D'après Strabon, dès l'an 100 avant JC, les peuples qui vivaient en Grande Arménie, qui comprenait l'Artsakh et l'Outiq, parlaient la même langue: l'arménien.[5] Le nom d'Ourtekhini est proche et lié à l'appellation arménienne Artsakh, qui semble elle-même dérivée du nom Orkhistène employé par Strabon pour désigner la région.[6] L'historien arménien, Moïse de Khorène (5ème siècle après JC), déclare qu'au 4ème siècle et jusqu'au 2ème siècle avant JC, la province d'Outiq, avec l'Artsakh, faisait partie du royaume arménien de Ervandouni, connu également sous le nom d'Orontès.[7] Finalement, selon le livre de géographie qui appartenait à la dynastie royale des Arshagounian (7ème siècle), "La Grande Arménie était divisée en quinze provinces, couvrant […] Artsakh, Siouniq et Outiq".[8]

L'un des arguments auquel ont souvent recours aujourd'hui les Azerbaïdjanais, est que l'Artsakh appartenait historiquement à un pays prédécesseur de l'Azerbaïdjan, l'Albanie du Caucase. Selon les sources historiques, cependant, la réalité est toute autre. Les historiens Strabon, Ptolémée et Pline l'Ancien confirment unanimement que la frontière entre la Grande Arménie (Armenia Major) et l'Albanie du Caucase (correspondant pour l'essentiel à l'Azerbaïdjan d'aujourd'hui), était formée par la rivière Koura.[9] Le fait que la rivière Koura constitue la frontière méridionale (voir la Carte 1) et que l'Artsakh soit situé au sud de cette rivière, démontre qu'il n'y a aucune preuve que cette région, au moins jusqu'à la fin du 4ème siècle après JC, appartenait à l'Albanie ou à un tout autre état que l'Arménie.[10] Nous savons cependant que l'Arménie, en l'an 387, a été divisée entre les empires Romain et Perse. L'Artsakh, avec les provinces d'Outiq et du Paytakaran, fut englobée avec l'Albanie du Caucase, dans une satrapie (une province) de la dynastie perse des Sassanides. Cette souveraineté, de toutes les façons, a été tout à fait brève et ne dura à peu près que 200 ans, plus spécifiquement jusqu'au début du 7ème siècle.

Au cours de 4ème siècle, le christianisme commença à se propager en Artsakh et la population de la région commença à jouer un rôle important pour la défense du christianisme, alors religion d'état de l'Arménie, contre la Perse mazdéenne sous le règne Sassanide. Au commencement du 7ème siècle, la satrapie albanienne fut divisée en plusieurs principautés plus petites et l'Artsakh et l'Outiq au sud, formèrent la principauté arménienne des Aranshakhiks. La culture arméno-chrétienne fleurît au cours de la seconde moitié du 7ème siècle et parvînt à se développer en une culture chrétienne distincte au cours du 8ème siècle.

Notes

1) Journal of the Society for Armenian Studies (JSAS), Volume 8, University of Michigan, 1997, p. 54.
2) Robert H. Hewsen, The Kingdom of Arc'ax, in Thomas J. Samuelian and Michael E. Stone (eds.), Medieval Armenian Culture(Chico, California: Scholars Press, 1984), p. 54-55.
3) Strabo, Geography, Vol. XI, chap. 14.5 (Loeb Edition, Vol. 5).
4) Armenia Now, Research in Ruins: Tigranakert Project Threatened by lack of finances, 11 April 2008 http://www.armenianow.com/hy/node/8414. Cette cité ne doit pas être confondue avec la véritable capitale de Tigrane II portant elle aussi le nom de Tigranocerte, située près de la Diyarbekir d'aujourd'hui au sud-est de la Turquie.
5) Strabo, Geographyp. 325.
6) Strabo, Geography, p. 320.
7) Movses Khorenatsi (Moses of Khoren), History of the Armenians, Vol. II, Ch. 44-45 (English translation by R. Thomson, Cambridge, Mass., And London, 1978), pp. 180-185.
8) Anania Shirakatsi, Ashkharhatsoyts, traduit de l'arménien ancien par Robert H. Hewsen (Caravan Books, 1994).
9) Claudius Ptolemios, Geography, page 5, 12. Pliny the Elder, Naturalis Historia, pp. 6, 39
10) Voir, par exemple August Pauly, Realencyclopädie der Classischen Altertumswissenschaft, Erster Band. Stuttgart 1894, p. 1303.