Histoire, Géographie et Ethnologie

L'Artsakh: Dernier Bastion de l'Indépendance Arménienne (13ème au 18ème siècle)

Au cours de la seconde moitié du 13ème siècle, l'Artsakh tomba aux mains des Tatars et des Mongols et c'est au cours de cette période que le nom turc kara-bakh, jardin noir, est mentionné pour la première fois. Il faut relever une nouvelle fois que ce nom définissait une région dans son ensemble, c'est-à-dire à la fois la partie montagneuse de l'Artsakh et les basses-terres. Ce n'est qu'après la conquête russe du 19ème siècle que le nom de Nagorno Karabakh (Karabagh montagneux) fut associé aux frontières actuelles du Karabagh.

Pendant tout le temps de l'occupation du Plateau Arménien par les Seldjoukides, après que l'Arménie ait perdu son indépendance (en 1064, année du pillage d'Ani, la capitale, par les Seldjoukides), l'Artsakh a été l'une des dernières régions où les princes arméniens locaux purent exercer un pouvoir semi-autonome pendant encore quelques siècles.

Au 17ème siècle, l'Artsakh fut divisé en cinq petites principautés arméniennes, également appelées mélikats:

  1. Goulistan ou Talish, gouverné par la maison du Mélik Biglarian, qui comprenait le territoire depuis Ganja jusqu'à la rivière Tartar.
  2. Jraberd ou Tcharapert, gouverné par la maison du Mélik Israélian, et situé sur le territoire compris entre la rivière Tartar et la rivière Khatchenaked.
  3. Khatchen gouverné par la maison du Mélik Hasan Jalalian, s'étendant entre les rivières Khatchenaked et Karkar.
  4. Varanda, gouverné par la maison du Mélik Chanazarian, couvrant le territoire depuis la rivière Karkar jusqu'au versant méridional du mont Grand Kirs.
  5. Dizak, gouverné par la maison du Mélik Avanian, qui s'étendait depuis le pied du Grand Kirs jusqu'à la rivière Araxe. [12]

Ces cinq mélikats faisaient partie du Khanat perse de Gandja, mais ils reçurent de la dynastie perse des Safavides, un statut de large autonomie.[13] Au début du 18ème siècle, le souverain perse Nadir Shah, affranchit le Karabagh de l'autorité du Khanat de Gandja pour le placer sous la sienne propre. En même temps, les méliks arméniens se virent attribuer le pouvoir sur les principautés arméniennes voisines et les khanats musulmans dans le Caucase.[14]

En 1721, le tsar de Russie Pierre le Grand, engagea une campagne caucasienne et étendit son empire vers le sud. Initialement, les Russes encouragèrent les Arméniens à s'allier aux Géorgiens et rassemblèrent une armée au Karabagh.[15] Cependant, ayant fait la conquête de la région, et on suppose, pour jeter les bases d'une future expansion vers le sud, Pierre le Grand tenta de pousser les Arméniens d'Artsakh à abandonner leur patrie et à s'installer à Bakou et au nord de la Perse. Les Arméniens refusèrent. En 1724, l'Artsakh fut envahi par les Turcs ottomans et la population arménienne devint la cible principale pour d'attaques et de massacres nombreux.

Notes

12) Voir par exemple Raffi, L'Histoire des Méliks Arméniens, Vienne 1906, en arménien; Cyril Toumanoff, Manuel de Généalogie et de Chronologie pour l'histoire de la Caucasie Chrétienne (Arménie-Georgie-Albanie), Bulletin of the School of Oriental and African Studies (London: University of London), Vol . 41, No. 2.
13) Svante E. Cornell, The Nagorno-Karabakh Conflict , Uppsala: Department of East European Studies, April 1999, pp. 3-4.
14) Voir par exemple C.J. Walker, Armenia: Survival of a Nation , London 1990, p.40.
15) Esai Hasan Jalalian, A brief history of the country of Albania (1702-1722) , Baku, 1940.